Le mur de la Plaine a vu pousser des prises d’escalade il y a quelques jours. C’est l’occasion de faire coïncider les revendications et l’escalade autrement qu’à travers le parc national des Calanques.

Petits rappel

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité de la cité phocéenne un petit rappel est de rigueur. La plaine est (était) un lieu de vie, une grande place où se côtoyaient jeunes et vieux, pauvres et moins pauvres, mixant les habitants au rythme des jours et des nuits. De toute évidence le lieu était aussi le rendez-vous des dealers, des errants, des jeunes à la dérive. La mairie, prise dans son ambition touristique et souhaitant faire grimper le croisiériste jusqu’à la plaine a développé un projet de “requalification” urbaine de cette place. Le centre de Marseille devait changer d’image, et la mairie flatter un certain électorat en “nettoyant au karsher” une place devenue trop mal famée.

Escalade de violences?

L’annonce des travaux a donné lieu à une escalade de violences (sans mauvais jeux de mots) lors des nombreuses manifestations anti requalification. Ces tensions ont gagné d’un cran lorsque le lundi 5 novembre deux immeubles de la rue d’Aubagne se sont effondrés faute d’entretiens nécessaires, provoquant la mort de 8 personnes. La mairie est très rapidement, à raison, montrée du doigt. Il est de son ressort de gérer et d’administrer la qualité de l’habitat. Seulement, toute prise à une carricaturale politique de gentrification du centre-ville la mairie s’est désintéressée des conditions de logement des quartiers populaires depuis longtemps, rejetant la faute sur les propriétaires privés.

Pour la ville de Marseille l’état des logements populaires passe au second plan, sans même feindre l’hypocrisie tellement l’évidence est là. Il suffit de comparer le budget de 13 millions d’euros investi pour la requalification de la plaine à l’absence quasi totale d’actions en direction des logements insalubres (13% de l’habitat de Marseille).

Du mur de la plaine au mur d’escalade…

C’est donc afin de réaliser les travaux sur la plaine que la société Soleam a été mandatée pour poser de splendides murs en béton à même de rendre l’esthète de base nostalgique des blockhaus. Heureusement et sans surprise ces murs ont été pris d’assaut par l’expressivité (parfois débordante) des marseillais. Chaque mètre carré est aujourd’hui tagué, parsemé d’affiches, de calembours, de revendications.

Banksy a su porter un peu de poésie au mur de Béthléem en y traçant une échelle que seul l’imaginaire pouvait escalader. A Marseille, le mur de la plaine a pu s’escalader pour de vrai pendant quelques heures puisque des prises d’escalade y ont été placées. Elles sont accompagnées d’une affiche: “”Glissement de terrain, chutes d’immeubles, espaces confisqués, collectivité menacées” ou ““Ceci est une voie symbolique. Une grimpe sans visibilité.”

L’échelle tracée par Banksy au mur de Béthléem: le rêve d’une ascension impossible

Je pense que face à cette imposition arbitraire des autorités publiques il n’y a pas de meilleure réaction qu’un sourire satisfait: chacun décide de l’usage d’un lieu. ce n’est que lorsque le lieu devient le reflet de chacun c’est qu’il prend vie et devient réel. Si la nouvelle plaine n’est pas réinvestie par les Marseillais les touristes en partirons le vague à l’âme, attristés par l’allure désertique d’un lieu qu’ils pensaient éclatant de vie et de couleurs.

Alors à chacun son mur: certaines y rêvent d’escalade, d’autre de poésie, quand certain(e)s y sont plus pragmatiques; on pisse sur le mur, on y pisse symboliquement.