Fini le canyon, vive le rocher !

Après une longue et fatigante saison de canyoning en Corse le plan est de se remettre tranquillement à l’escalade. Le tout est de trouver le bon coin pour mêler voyage, découverte, grimpe, l’ensemble dans des conditions climatiques optimales. Etant donné le réchauffement accéléré de notre terre, spécialement au mois de septembre, le bon climat se trouvait à mi chemin entre les Alpes et le Sud: j’ai nommé le département des Hautes Alpes! Ici rien de plus sûr que de trouver de belles falaises entourées de non moins belles montagnes…

Direction Guillestre, une petite ville en renouveau

Vue depuis le secteur "Rue des masques"

Nous avons donc jeté notre dévolu sur la petite commune de Guillestre, enserrée entre Briançon au Nord et le lac de Serre-Ponçon au Sud. Plusieurs amis m’en avaient parlé comme d’une petite ville en essor chez les jeunes grimpeurs et alpinistes. En effet quelques amis y résident à l’année, attirés par les montagnes et la multitude de spots d’escalade autour. 

Plusieurs entreprises ou lieux sont en effet pris par une nouvelle dynamique très positive. L’auberge de jeunesse a été reprise il y a un ou deux ans et acceuille assez fréquemment des activités ou des soirées à thème. Par exemple lors de notre premier jour une soirée coinche était organisée. Faute de savoir jouer nous nous sommes abstenus… Le lendemain l’auberge accueillait un week-end acro-yoga où nous avons fait la rencontre de plusieurs personnes très intéressantes. Après une journée intense les courbatures ne nous ont pas lâchées pendant plusieurs jours! 

La ville dans l’ensemble est assez agréable, offrant une belle vue sur les montagnes et la vallée de la Durance. Autre signe du renouveau, le cinéma: repris il y a peu, il offre une programmation maigre mais a le mérite d’exister dans ce cadre plus rural qu’urbain. 

Surtout le coin regorge de gens motivés pour la montagne et l’escalade: normal au vu du cadre de vie! 

Rue des masques: résistance sur fond de conglomérat

Premier jour de grimpe: direction rue des masques avec Jules Doumas, aspirant guide souvent branché sur 250 volts ! La météo est parfaite quoi qu’un peu chaude. Nous passons devant plusieurs secteurs ombragés… mais toujours chauds. Une dizaine de cordées y grimpent, on se passe des “salut” tous les 10 mètres. Nous nous dirigeons vers le secteur “Vent des croix”. Heureusement il porte bien son nom et reçoit tout le souffle de la vallée. L’escalade sur ce conglomérat de la Rue des Masques est très particulier: la lecture est complexe par la multiplicité d’opportunités de prises. Bien souvent trois méthodes se valent pour le même passage. On arque tantôt de mignons petits galets et parfois leur inverse, c’est à dire les trous desquels ils se sont délogés avec le passage du temps ou des grimpeurs. Toutes ces caractéristiques ajoutées à l’inclinaison globalement verticale et légèrement déversante aboutissent à un effort de résistance particulier. Pour ma part le temps passé sur chaque prise doublait puisqu’il me fallait tâtonner deux ou trois fois avant de trouver le bonne prise. Cela à tel point que j’ai (lâchement certes) fini par capituler 20 cm sous le relais d’un 7a. Heureusement Jules et moi nous sommes rattrapés ensuite sur un 7b (bien moins dur à mon goût) puis sur un 7c où de petits bidoigts en fin de résistance finirent de nous achever. 

A savoir: Rue des Masques est un secteur à l’ombre toute la journée, idéal donc pour l’été et les journées trop ensoleillées! Il faut à mon avis grimper dans le 6c pour pouvoir commencer à apprécier les voies du secteur. 

Bref passage au Mont Dauphin

Après le week-end d’acro-yoga nous voilà partis pour grimper malgré les courbatures. Le vent ne s’étant pas calmé les conditions étaient présentes pour une petite séance. Le premier secteur dans une grotte au bord de la route nous a rebutés car mal équipé, voire déséquipé (il n’est d’ailleurs plus disponible dans l’actuel topo “Briançon Climbs”). Nous reportons nos efforts vers le secteur “Biotope”. Le style ne change pas beaucoup avec la “Rue des masques”: toujours du conglomérat. Le secteur se découpe en deux strates superposées. Les deuxièmes longueurs sont vraiment belles: un beau mur incliné de 15-20 mètres. On s’y sent décollés du monde.  40 mètres au dessus du sol le vent brasse cheveux et habits, le regard s’égare entre les prises et la vallée: c’est beau et quelques minutes on se sent inatteignables. 

Changement de style: Saint Crépin et son calcaire (calvaire?)

Dernier spot de notre escale autour de Guillestre: le secteur de Saint-Crépin. Très réputé dans les années 1980 il reste intéressant pour plusieurs voies même si celles-ci commencent à être patinées. 

Le secteur “Zatopec” s’est imposé à nous par la météo incertaine: un temps gris et presque pluvieux. En effet l’inclinaison prononcée des voies d’escalade permet d’y grimper sous la pluie. On réalise vite que si les voies ont été équipées dans les années 1980, elles en ont gardé les cotations très serrées: les 6c du secteur valent largement des 7a de secteurs plus récents comme Saint Léger du Ventoux. C’est notamment l’impression que me fait le 6c+ qui donna son nom au secteur, “Zatopec”: une belle ligne entre colonnettes et fissures déversantes, le tout couronné par un dernier pas très loin entre deux bonnes prises. Un bel effort! Nous n’avons pas essayé de voies au dessus de 7a mais si tout se joue sur la même longueur d’onde le plafond sera vite trouvé!  Saint Crépin n’était pas un calvaire mais attention aux cotations quand même !!

A savoir: Bon secteur d’hiver car au soleil, quelques voies sont très patinées mais l’équipement a été refait et est excellent. 

Fin et changement de cap...

Ces quelques jours après la saison de canyon nous ont vraiment ressourcés et réveillé notre goût pour la montagne, ses paysages, ses odeurs… Ce qui est certain c’est que nous reviendrons explorer plus profondément les recoins de ces vallées. Ces trois secteurs n’étaient qu’un tout petit échantillon de ce qu’offre la région en terme d’escalade. 

Heureusement la saison de canyon est finie, vraiment finie. Ah, un appel? 

– Allo ? 

– Salut Louis, j’ai besoin d’un binôme pour faire un canyon dans le Verdon avec quelques clients, ça te dis? 

– Euh… (regard embarrassé vers ma chérie). Bon… Allez, j’arrive!  

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