L’envolée Royale – Paroi des Lys

Par louis3474

Nous sommes en juin, un mois idéal pour l’escalade autour de Briançon : la nature est belle, vivifiée par ce printemps sur sa fin. Depuis ma fenêtre à Guillestre j’observe les deux parois évidentes qui se dressent en rive droite de la vallée de la Durance: la falaise du Ponteil et, moins évidente , la paroi des Lys. J’avais le souvenir d’un calcaire ocre et d’une escalade exigeante dans un style moins moderne que sur d’autres falaises du coin. Ces grandes voies à portée de vue me motivent pour de plus grandes envolées : j’appelle Simon qui, sur Briançon, profite aussi du printemps pour écumer les spots de la vallée. « Ranxerox a la tête d’Aval, ça te dis ? 18 longueurs et une bonne marche à l’aller comme au retour… ». A l’autre bout du fil je le sens sceptique : je me suis fait une belle entorse peu de temps avant et la récupération n’est pas encore au rendez-vous, alors avec cette marche… Bois décidons finalement de s’attaquer à plus dur mais plus court: au Ponteil une voie nous tente (« les forces de Coriolis », 8 longueurs d’intensité croissante culminant au 7c+. C’est un beau projet mais nous n’avons pas grimpé “dur” en grande voie depuis longtemps. On trouve sur le topo une ligne à l’extrême gauche de la paroi des Lys, au nom prometteur de “l’envolée royale”… Nous nous décidons donc et le rendez-vous est fixé pour le surlendemain.

Accès

La Paroi des Lys est d’un accès évident et facile : on prend la direction du village de Champcela puis du hameau indiqué du Ponteil . Une fois ce dernier dépassé on s’engage pour une bonne dizaine de minutes sur une piste en terre assez praticable. Au bout d’un moment un pont délabré (il faut le guetter) enjambe un cours d’eau lors d’une épingle sur la gauche. Dans l’épingle le parking de quelques véhicules est possible.

Depuis le parking on traverse la rivière (sans passer sur le pont qui est en état de ruine avancé…) et on rejoins un sentier qui vient tirer des épingles dans un éboulis menant de manière on ne peut plus évidente à la paroi des Lys. 100 mètres avant le départ des voies le sentier se fait moins évident : avec Simon en mode barrasse activé on avance vers la manifestement peu parcourue « envolée royale ». Le départ se fait depuis un dièdre fissuré surmonté de quelques surplombs.

Les premières longueurs faciles

Le deux premières longueurs sont assez plaisantes à grimper. La L1, un 6b dans un dièdre, offre déjà un bel échantillon de calcaire et une escalade particulière, qui échauffe en sensations.

Le sac s’envole vers le relais de la L1

Arrivé au relais Simon hisse le vieux sac de canyon que nous avons transformé en sac de hissage. A mon tour de grimper, je tel

Au relais j’enchaîne avec la L2 , un 6b+ dans un mur gris et ocre avec, quelques mètres avant le relais un petit pas de lecture. Arrivé au relais je répète l’opération : tirer la corde , hisser le sac, assurer Simon. Il arrive a moi avant que j’ai eu le temps de dire « ouf ». A peine ai-je eu le temps de jeter un œil sur la suite…

Première longueur difficile – 7b

Simon pars en tête pour tenter le à vue de ce court 7b. Une courte mais très technique approche dans un mur vertical (a moitié trempé) amène sous le toit qui nous suspendra 60 mètres au dessus du vide. Simon engage les mouvements, atteint la fissure de sortie du toit, mais se retrouve en boîte, les pieds très hauts, et un mauvais mouvement de force en épaule le rebute. Après un arrêt et un peu de concentration pour trouver la méthode il repart et rejoins le relais de cette longueur courte mais intense…

En partant dans la longueur je prend conscience que nous grimpons sur un seul brin de corde, le second étant dédié au sac de hissage. Rien de très angoissant lorsqu’on grimpe des murs verticaux et rectilignes. En l’occurrence le toit qui s’élève au dessus de moi crée un frottement assez prononcé sur ce seul brin de corde. Je ne suis pas à l’aise et très vite je le fais bloquer, anesthésié dan mes mouvements par l’idée de ce frottement. Je trouve une prise a droite qui permet de se placer plus efficacement pour le « réta » du toit: a défaut d’enchaîner ça servira pour la prochaine fois !

L3 – 6c+

Je repars dans la foulée pour une belle grande longueur qui traverse à gauche puis finis tout droit dans un dièdre fissuré. La longueur se joue dans une section de quelques mouvements à bien lire, faisant arriver sur deux rampes juxtaposées relativement plates. Tout se passe bien mais il faut quand même grimper! Le calcaire est très beau et pur: pas de magnésie sur les prises et un grain qui témoigne du peu de passages sur cette belle voie.

L4: 7b

Le dur commence maintenant. Même si nous maîtrisons ce niveau à vue sur falaises classiques, rien n’est moins sûr dans cette ambiance et sur ce rocher particulier. En effet le début de cette longueur offre un rocher assez décevant, délité et se délitant à certains endroits.

Pour remettre dans l’ambiance: la longueur part en ascendance gauche directement dans un dévers qui nous projette au dessus du sol, 100 mètres plus bas… On a l’habitude de grimper avec plus de gaz mais cette configuration est particulièrement « sensations »… Finalement l’escalade est assez sympa, quoique plus dure par la lecture que par la réalisation. Cette difficulté à lire nous impose une pause mais nous passons sans trop de problèmes cette belle envolée.

La longueur de rêve… L5

Ultime longueur dans le 7, celle-ci ne dément pas sa renommée: environs 35 mètres de 7a+ dans un rocher magnifiquement sculpté et neuf aux couleurs poétiques. Les difficultés s’échelonnent jusqu’en haut, où se trouve le « crux ». Magique!

Simon se débat avec succès dans la lecture complexe de cette dernière longueur en 7a+

Fin et retour

Du sucre avant les rappels ! En second plan la vallée de la Durance et, dans le flanc gauche de celle ci, Guillestre.

Après une dernière longueur en 6a nous arrivons exactement sur la ligne de rappels. Attention, il est important de bien trouver le bon premier relais de rappel pour ne pas se mettre en difficulté ensuite…

Sur cette descente nous traversons d’autres lignes très esthétique. De quoi se mettre quelques projets pour la suite dans la tête! Depuis le bas de la falaise nous regagnons le parking en quelques minutes

Pour résumer cette voie quelques mots suffisent: aérienne, esthétique, exigeante. Bravo aux ouvreurs !